dimanche 29 avril 2012

Jean-Paul Wenzel, metteur en scène, s'entretient avec les classes de Première ES2 et de Première L.


Jean-Paul Wenzel et Marie-Laure Taite du Théâtre de la Manufacture

Directs, vrais sont les mots de notre invité. Le cuir léger, il est venu répondre à l’invitation des élèves de Premières qui venaient d’assister à la première de TOUT UN HOMME, pièce qu’il a mise en mise en scène et présentée au théâtre de LA MANUFACTURE.

TOUT UN HOMME c’est le récit mis en scène de deux destins; celui de Ahmed et celui de Said qui décident de quitter leur terre pour devenir mineurs de fond, à Forbach.

14H15 : présentation et rappel : avant lui sont passés en salle E01 : Bernard Lavilliers, Aurélie Filippetti, Didier Daeninckx et Serge Utge-Royo.

Chacun de nos invités a servi et continue à servir les mots de ceux qui n’ont pas la parole facile mais le geste sûr pour creuser au fond d’une galerie minière ou pour forger l’acier rouge, l’oeil attentif au copain qui risque sa vie à fouiller les entrailles de la terre

Lecture d’extraits pour fixer le cadre et l’esprit de la rencontre :


... J’ai le respect de ceux qui ne savent pas, de ceux qui cherchent, qui tâtonnent, qui se heurtent.
Ceux à qui la vérité est facile, spontanée, bien entendu j’ai pour eux une certaine admiration mais, je l’avoue, peu d’intérêt.
Quand ils mourront, qu’on écrive sur leur tombe : il a toujours eu raison ..., c’est ce qu’ils méritent, et rien de plus.

Louis Aragon, J’abats mon jeu.

14H30 : L’entretien peut commencer. Notre invité se souvient d’une rencontre avec Claude Duneton qui lui fait découvrir l’univers du théâtre, les lectures, nombreuses, un séjour en Corrèze le font se tourner vers l’écriture puis plus tard vers la mise en scène.
Les questions dépassent le cadre de TOUT UN HOMME, elles amènent Jean-Paul Wenzel à évoquer la notion de théâtre récit, celui qui se nourrit de la parole des mineurs, entre autres pour devenir écriture et sur scène; poème épique.

La fiction était déjà présente dans les voix, les accents et les gestes de ces personnes rencontrées précisera Jean-Paul Wenzel.

Sur le travail du comédien ... s’approprier un texte c’est l’oublier et le restituer dans n’importe quelle situation.

Jean-Paul Wenzel distingue clairement son travail du Classicisme, trop loin du corps du comédien, celui-ci doit faire en sorte que la “langue engage le corps”.




A propos du théâtre engagé ... la formule est convenue, creuse, il s’agit plutôt de porter un regard décalé, en oblique sur une réalité, un fait, un événement. De ce décalage nait la parole poétique.

Des rencontres ? Ernest Pignon Ernest dont l’un des dessins illustrent la couverture de TOUT UN HOMME, un artiste qui prête ses images aux murs des villes et à ceux des usines désaffectées.

On évoque aussi le démantèlement d’un site sidérurgique lorrain que des ouvriers aux sourires figés voient remplacé par un parc d’attraction.

15H00 : on prend le temps d’une pause et on reprend l’entretien de façon plus libre.
Retour sur une phrase retenue du récit et du spectacle; elle est prononcée par un des mineurs : en creusant la terre lorraine, j’ai retrouvé la mienne. Jean-Paul Wenzel la médite encore.


16H00 : l’entretien se termine, chacun se salue simplement pour ne pas troubler l’autre dans ses pensées.